Avez-vous déjà été en relation avec une personne qui vous demande un peu de distance « pour se retrouver » ?
Votre partenaire vous annonce : « Je veux prendre de la distance pour me retrouver ».
Ce n’est pas une rupture.
Ce n’est pas un « break ».
Ce n’est pas un déménagement.
Et c’est même accompagné de l’assurance que l’amour est toujours là, et que cette distance est nécessaire pour prendre soin de soi et de la relation.
Mais pour vous, cela peut être vécu comme une menace.
« Ceci n’est pas un abandon »
Le titre de cet article fait volontairement écho au tableau La trahison des images (1929) de René Magritte. Sous la représentation très réaliste d’une pipe, le peintre a écrit : «Ceci n’est pas une pipe.»
Magritte ne joue pas simplement avec l’humour ou le paradoxe. Il met en évidence un mécanisme profond : nous avons tendance à confondre la représentation et la chose représentée. Nous voyons une pipe, nous lisons le mot « pipe », et notre esprit conclut : c’est une pipe. Or ce n’est qu’une image, accompagnée d’une phrase.
Ce tableau introduit une fissure dans notre rapport à la vérité. Il montre que le fait de pouvoir nommer quelque chose nous donne l’illusion de le saisir dans sa réalité. Le langage donne l’impression de la certitude. Ce qui est nommé semble objectif.
En psychologie, ce mécanisme est proche de ce que l’on appelle la fusion cognitive : vous prenez vos pensées pour des faits. Parce que vous pouvez formuler intérieurement « elle va me quitter », l’énoncé acquiert l’apparence de la réalité, et l’angoisse qui va avec. Le mot devient la chose.
Magritte nous invite à ralentir ce réflexe. Il nous rappelle que l’image n’est pas l’objet et que le mot n’est pas la chose. Il introduit une distance critique entre ce que nous percevons, ce que nous pensons, ce que nous nommons et le réel.
Dans la relation de couple, « Elle veut de l’espace » peut être entendu comme : « Elle veut me quitter. »
Or il est possible que « ceci ne soit pas un abandon ».
La peur de l’abandon : une activation réelle de la peur
En séance, il ne s’agit pas de parler d’histoire de l’art, de psychologie ou de philosophie, mais de revenir à ce qui est senti.
Il y a l’énoncé « Elle veut de l’espace » et puis il y a l’exploration de votre monde intérieur : un vécu émotionnel qui se met en mouvement à l’occasion de cet énoncé.
La peur est là, derrière l’énoncé.
Elle peut être intense, envahissante.
Mais le fait qu’elle soit forte ne signifie pas qu’elle correspond à une menace objective. Elle ne prouve pas que vous n’êtes pas aimé. Elle indique que quelque chose dans votre monde intérieur est touché.
Ce n’est pas un danger extérieur avéré. C’est une alarme interne qui se déclenche.
« Je comprends ce que vous dites… mais je ne vois pas comment faire »
Le mot « faire » ici crée l’impasse.
Car il ne s’agit pas de supprimer la peur.
Il ne s’agit pas de devenir parfaitement raisonnable.
Il ne s’agit pas de vous forcer à penser autrement.
Il s’agit plutôt de sentir cette peur sans conclure ni agir immédiatement pour la faire taire — sans chercher à contrôler, à reprocher, ou à obtenir une réassurance urgente.
Autrement dit, « faire », ce serait dans ce cas justement… « ne pas faire ».
Ne pas agir sous l’effet immédiat de l’angoisse.
Mais sentir ce qui s’exprime en vous.
La peur d’être quitté est une épreuve.
Elle active une peur profonde.
Et c’est justement l’occasion ou jamais de l’éprouver.
Distance ou abandon : une distinction structurante
On peut distinguer deux choses : la distance et l’abandon.
La distance est une modulation de la proximité.
L’abandon, lui, supprime le lien.
Quand votre partenaire dit qu’il ou elle a besoin d’espace, le lien n’est pas nécessairement rompu. Il est mis à l’épreuve dans sa capacité à supporter moins de fusion.
Si aucune distance avec l’autre n’est tolérable, c’est là que le lien devient fragile.
Reconnaître et supporter une part de solitude fait partie de la solidité d’un couple.
Que se passe-t-il en vous, concrètement ?
Lorsque l’autre vous demande de l’espace, il est utile de revenir à votre expérience intérieure.
Que se passe-t-il exactement en vous ?
Où sentez-vous la peur dans votre corps ?
Quelles images apparaissent ?
De quoi avez-vous peur précisément : d’être remplacé, oublié, dévalorisé, de ne plus compter ?
L’enjeu n’est pas de déterminer immédiatement si votre perception est juste ou fausse.
L’enjeu est de sentir.
L’enjeu est de rester en lien avec vous-même quand l’autre veut moins de proximité.
Ce travail ne repose pas sur une décision volontaire.
Il s’agit d’une capacité d’écoute de soi-même qui se développe : repérer ce qui monte en soi, le sentir, le nommer.
En un mot: sentir comment le vivant s’exprime en cet instant en vous, en prendre acte.
En réalité, personne ne peut vous abandonner
Il n’y a qu’un enfant qui peut l’être réellement, pas un adulte. Vous pouvez être quitté, mais pas abandonné. Une histoire se termine, mais deux adultes continuent leur chemin.
Quand un adulte sent la peur de l’abandon, c’est l’enfant en lui qui l’éprouve. C’est son passé qui lui fait signe.
C’est alors à l’adulte d’aujourd’hui qu’il incombe de ne pas abandonner l’enfant qu’il a été.
Quand la peur de l’abandon vous traverse, éprouvez cette peur. Ecoutez ce qu’elle vous dit. C’est votre vécu intérieur. Il mérite que vous lui fassiez de la place.
La peur de l’abandon en vous mérite que vous ne vous abandonniez pas.
Pour aller plus loin
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Les difficultés relationnelles, la peur d’abandon, l’angoisse dans le couple ne se résolvent pas uniquement par la réflexion. Elles demandent un espace pour être comprises et traversées.
En tant que psychologue à Yverdon, j’accompagne les personnes qui souhaitent mieux comprendre leurs réactions émotionnelles, sortir des scénarios répétitifs et renforcer leur sécurité intérieure dans la relation.
Un travail en profondeur permet peu à peu de transformer l’alarme interne en signal compréhensible, et de rendre le lien plus solide — sans nier la peur, mais au contraire en la rencontrant intimement.
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