Vendredi 19 décembre, j’écoute France Culture à Yverdon. Et je tombe par hasard sur l’écrivain et metteur en scène Wajdi Mouawad qui énonce avec beaucoup d’élégance qu’il ne supporte pas Christian Bobin.
Après avoir pris la précaution de dire que Bobin est un auteur extraordinaire qui écrit merveilleusement, « comme jamais je n’arriverai à écrire », Mouawad ajoute :
« Étrangement, je n’apprends rien quand je lis Christian Bobin. Peut-être parce que je suis trop proche de ce dont il parle. […] Ce n’est pas tant une identification que le fait que j’ai l’impression que ce qu’il dit, je le sais. [A l’inverse] Patočka [le philosophe tchèque] révèle des choses que je ne voyais pas, comme s’il tournait le projecteur vers des parties de moi qui étaient dans l’obscurité, et il les éclairait ; mais quand je lis Christian Bobin – et vraiment son écriture est sublime, je ne trouve pas qu’il soit mauvais – souvent je ferme le livre et je me dis ben ouais, bien sûr, évidemment, oui, je sais. »
Cette distinction résonne avec le travail qu’un psychologue peut proposer.
Éclairer plutôt que raconter une histoire
Il y a une différence essentielle à pressentir, et entendre, pour le psychologue, entre :
une parole qui énonce des valeurs, des positions philosophiques, des vérités – même intimes,
et une parole qui rapporte un vécu intérieur, sans chercher à le mettre dans une forme acceptable par la morale ou par les attentes supposées de l’autre.
Le travail que je propose à Yverdon n’est pas de produire une compréhension cohérente de soi.
Il s’agit d’entrer en contact avec le vécu émotionnel, souvent enfoui, parfois douloureux, qui échappe à la logique, à la cohérence, à la bienséance.
On pourrait dire :
l’ego versus le corps,
l’histoire que je me raconte versus la réalité de ce que je vis,
l’idéal versus le réel.
Quand les valeurs font barrage
Les valeurs, les positions de principe, la cohérence, la compréhension servent de protection, donc de barrage.
Non qu’elles soient nécessairement fausses, mais elles mettent dans une forme acceptable la vérité intérieure qui se déforme quand on cherche à lui mettre une forme.
En séance, l’invitation est alors claire :
ce que tu dis est peut-être juste intellectuellement,
mais ta vérité ne se situe pas dans ton discours.
Elle se situe dans ton corps. Regarde avec plus d’attention dans ton corps, plutôt que chercher dans ta mémoire ou dans la belle forme.
Nos constructions qui cherchent la cohérence ou la moralité deviennent à cet endroit des barrages contre nos émotions, et contre nos traumas.
Trauma et conscience
Ce n’est pas le trauma en lui-même qui rend une personne souffrante aujourd’hui.
C’est l’impossibilité de le reconnaître comme tel et de l’inscrire consciemment dans son histoire.
Un trauma non reconnu laisse inconsciemment l’individu dans l’illusion que le danger qui a été vécu hier existe encore aujourd’hui. La défense contre ce danger va alors se mettre en action aujourd’hui et s’exprimer sous forme
d’agressivité envers autrui,
et d’agressivité envers soi-même.
Le travail du psychologue est alors un travail d’éclairage.
Ce qui est éclairé devient conscient.
Et ce qui est conscient perd son pouvoir de contrainte.
L’enfant traumatisé qui survit en moi n’a alors plus besoin de crier et de se défendre, car l’adulte que je suis lui donne l’attention qu’il cherchait désespérément chez l’autre.
Un projecteur dans l’obscurité
C’est donc exactement en ce sens que Wajdi Mouawad trouve son compte en lisant Jan Patočka plutôt que Christian Bobin : même si le second énonce des vérités, aussi sublimes soient-elles, le premier « révèle des choses que je ne voyais pas, comme s’il tournait le projecteur vers des parties de moi qui étaient dans l’obscurité ».
Pour aller plus loin
🎧 Lien vers l’émission de France Culture avec Wajdi Mouawad
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